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Pataugeoire Laurier, merci.

De l’eau chlorée, des conseils de vie pis Kevin-Charles.

Crédits : Erich McVey

Mi-juin. Ma seule semaine de vacances se pointe timidement avec beaucoup de brumes dans les yeux. Par « semaine de vacances », je veux dire que je travaille des simples au lieu de me brûler avec des doubles du mardi au dimanche. Un appartement avec assez de fenêtres pour te permettre d’avoir un pouvoir d’influence au dessus de la moyenne sur Instagram, ça ne se paie pas avec de la bonne humeur pis des cheveux propres. Tu te prélasseras quand tu seras morte, comme on dit dans le milieu des travailleurs autonomes. Je regarde le soleil directement dans ses pupilles pour bien me brûler le fond des souvenirs. Graver un peu de l’été dans ma tête déjà pleine de projets qui n’ont pas de cases réservées à mon agenda.

Ma vie n’est pas très excitante. Hier encore, je remplissais des formulaires de sites de rencontre. On me demandait de choisir un objet qui me ressemble. J’ai inscrit « Un 7up flat. Diet. » Un grand dimanche à se placer sur un pied d’estale pour se trouver toute petite en regardant l’immensité du monde. L’angoisse d’été me prend de court. On se rappelle trop bien qu’elle va impérativement repartir avec nos shorts en nous laissant des coups de soleil sur les omoplates pis un pas-de-chum dans le cœur séché.

Y fait chaud dans les bay window.

Mon appartement sent le kitsch. J’essaie de me détendre au Pina Coladas, à la playlist Throwback R’n’B pis je me dis que la piscine Laurier doit avoir une coupe de qualités… genre être une piscine quand Montréal devient un calorifère géant. Il vaudrait mieux profiter de la caresse des journées à s’étendre sur le gazon. Prendre son courage par la gorge, se dire que son maillot fait d’excellents sous-vêtements pis qu’on aura juste à se laisser sécher avant notre 5 à 7 de vin rosé. Je choisis ma plus belle serviette pour aller faire le morse échoué sur le béton couleur sable.

Je marche bruyamment en gougoune sur toute la Saint-Joseph sans comprendre pourquoi je refuse de revêtir des sandales ordinaires. Des sandales qui ne crient pas mon addiction pour le Ardène. Par temps chauds, je remets tout en doute et je laisse ma marque sur le Plateau, les orteils au vent.

J’arrive au parc.

Des jeunes professionnels se font des barbecues pour se féliciter d’êtres de bons adultes, des enfants fêtent dans une marée de ballounes, des amoureux se frenchent sur l’herbe et c’est vaguement trop érotique pour les mères qui font leurs joggings avec des poussettes. Je me rappelle que je déteste un peu cet endroit. J’oublie toujours le même détail essentiel quand je me rends à la piscine laurier pour laisser mes espoirs ratatiner sur le bout de mes doigts; elle est toujours loadée comme un gun pis j’hais me baigner dans plus d’humains que d’eau chlorée.

Je fais l’étoile au milieu de la pataugeoire.

Les enfants me regardent drôle, la tête sur le côté et se demandent si je suis une adulte ou une angoisse en bikini. Leur question est valide et je ne saurais, moi non plus, me décrire en d’autres mots que des choses tristes, un peu amorphes et avec beaucoup de journées perdues dans les yeux. L’eau me glace le sang. J’exagère, mais mettons que je suis sur les hautes dans mon maillot trop cher, vaguement transparent, acheté en rabais pas assez cheap chez La Vie en Rose.

Un jeune garçon me fixe. Y doit sûrement avoir 7 ans, le prénom Kevin-Charles pis une mère fatiguée de recevoir des appels de son enseignant de 2e année pour parler de son attitude hostile envers les additions. On se rejoint dans nos regards grisâtres pis nos slush puppies avec plus de glace que de sirop de cerise. La piscine Laurier nous écoeure pis on préfère la pataugeoire remplie de bébés naïfs qui pensent probablement que le monde est beau, beau, beau comme leurs toutous de Pat’Patrouille.

Je me trempe les plantes de pieds avec un morveux en maillot spiderman, parce qu’il reste la personne qui me comprends le plus au monde. On se jase de pas grand chose sous le soleil. Je lui demande à quel objet je ressemble et vous comprendrez qu’une montgolfière me donne des mixed feelings depuis. Je le trouve pas pire dans la lecture des premières impressions. C’est vrai que je dérive au gré des vents. J’ai la flamme à moitié éteinte et ça me rapproche dangereusement d’un impact au sol.

Malgré tout, je me force à croire que les mauvais jours aussi ont besoin de sommeil pis qu’y’a pas assez de cocaïne dans le monde pour que les soirs de pluie restent debout toute la vie.

Kevin-Charles, ce sera mon seul conseil; ne fait jamais de cocaïne.

Sauf si c’est l’amour de ta vie qui t’en offre dans les toilettes des Foufounes Électriques pis que tu es encore trop jeune pour savoir qu’aimer, c’est pas juste pour les gens wild qui ressemblent aux personnages de Skins. Dans ce cas-là, vas-y. Sniff comme si y’avait pas de lendemain. C’est comme ça que tu vas apprendre. Le bouncer va te sortir parce que la tolérance est à zéro pis sa soirée est à marde. Tu vas pleurer sur le trottoir parce que l’amour de ta vie va frencher Laurence plutôt que toi pis tes beaux grands yeux. Tu vas te jurer de ne jamais plus tomber dans les bras d’un gars avec des tattoos de dragon. Tu vas trouver qu’y fait frette sur le trottoir, le moral dans les talons. Tu vas rentrer chez vous, écrire des poèmes sur la solitude de Novembre, gagner le prix Radio-Canada, devenir connu, te dire que tu es comme le gars dans la chanson d’Avril Lavigne.

Bref.

Kevin-Charles, y’a des erreurs qui valent la peine.

Pis c’est pour ça que je peux te jurer, assise dans notre royaume d’eau et de sable en béton, que chaque fois qu’y pleut, tu dois te souvenir qui va faire soleil un moment donné. C’est pas évident d’y croire quand miss météo te fait des petits fuck you sur TVA, mais y’aura toujours des éclaircis. Je pensais à ça d’ailleurs, en me cherchant des plans d’avenir, y devrait m’engager pour annoncer la température. C’est là-dessus que je mettrais l’accent. Parce qu’on s’en fout dans le fond, qu’y annonce 15 cm de neige en Mauricie, l’important, c’est qu’y va faire beau demain.

Fait que, enlève ton maillot mouillé pis mets-toi un t-shirt, Kevin-Charles.

On s’en va prendre une marche pis mettre du gaz dans nos montgolfières.

J’va nous acheter une slush puppie chaque. Une jumbo.