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Je n’ai pas de secret.

Tomber, se relever et ne pas être surpris.

Crédits : Ève Landry

Le DJ règne sur la piste de danse en spinant du Éric Lapointe. Accotée à la table du fond, je te promets de t’appeler dans la nuit. Ça te fait rire. Certains diront que t’as l’humour facile, mais qu’est-ce que vous voulez, on a tous des défauts. De toute manière, il n’existe pas de meilleure cachette qu’en pleine noirceur. Ça permet d’être proche des lèvres et à distance respectable du cœur. L’ouverture des lumières s’en vient. Ce serait bête de tout briser. Tu m’arraches à ce bar pour courir dans les p’tites rues. On est pressé de s’aimer dans toute la lenteur du matin qui se réveille. Je hurle la poésie de Lapointe à grandeur du Mile-End. Aucun respect pour le voisinage. De toute façon, l’été c’est fait pour déranger.

On entre en voleurs dans mon trois et demi. Mon salon n’a pas eu droit à un ménage de printemps. C’est du beau gros bordel de jeune professionnelle occupée à se trouver un sens, une direction, une avenue, quelque chose pour justifier de boire huit cafés par jour.

On se fait l’amour sur un début de saison. Les arbres fruitiers de la ruelle commencent leurs floraisons. On se plaît à les imiter. Tu jettes le blâme sur le soleil. Les rayons sur mes cuisses te poussent dans un bassin de sentiments. Les faces cachées dans mes oreillers, on se murmure qu’on se trouve un peu plus que correct. Le son absorbé dans les couvertures, on ne s’entend pas très bien. Fait qu’on se fait répéter encore et encore et encore et puis tout l’après-midi.

Le grand amour, vous direz ? Non.

On est pas des épaisses. Y’a eu assez de dates Tinder dans nos vies. C’est y’inke qu’on a pas peur du feu. Fait qu’on s’énerve quand on rencontre quelqu’un qui veut bien s’étendre de la gazoline à grandeur du chest le temps d’un amour de feux de paille. On vire folle pis on se brûle à y croire tellement fort. Ça fait du bien, croire. Ça motive. On trouve l’énergie d’écrire des poèmes. On se part des tableaux Pinterest pour nos futurs appartements de couple solide.

Tout le monde sait comment finissent ces histoires-là, mais si mon adolescence torturée m’a appris quelque chose c’est qu’on ne peut pas se sauver de ce qui fait mal. La preuve. On connaît la brûlure d’un shot de trop, mais on prie toujours le barman d’offrir une tournée de plus. La Tequila pis les relations, c’est pareil. Ça rend le quotidien aride pis ça donne mal à tête si tu t’hydrates pas.

Mes émotions qui gèlent en même temps que le Saint-Laurent. Je te ferai des beaux bye-byes quand les feuilles se laisseront mourir au sol. C’est si simple de ne pas répondre à un texto. On pourra se lâcher les mains comme on s’est pris dans nos bras, sans préavis et en évitant de se regarder dans le fond des yeux. Je pleurerai en étoile. Je m’époumonerai dans le bloc appart de ma chumme qui connaît ça, les amours éphémères.

On aura perdu une saison de jupes courtes à s’imaginer passer nos vies ensemble. Pour rien. Pour le fun de se faire des à croire. Sauf que la réalité aura fini par venir se mêler de nos affaires pis on sacrera notre routine au bord du chemin. Ce sera dommage pour ce bar de quartier où on se désirait si bien sans même s’effleurer du regard. On n’y mettra plus les pieds pendant une coupe de mois. On s’y recroisera sûrement à la mi-février quand la Saint-Valentin se pointera le malaise dans le cadre de porte avec des chocolats en forme de cœur pis des nappes rouges sur les tables hautes. On frenchera dans les toilettes en souvenir de toute ce qu’on a passé proche d’être. On jouira, peut-être trop fort, parce que le plaisir, c’est ce qu’on fait de mieux ensemble. Je ressortirai de la cabine, fière de mes cheveux qui auront vécu la bataille.

On se fera la guerre dans une série de textos ivres morts qui se magasinent un orgasme réconfort pis deux-trois flattages de nuques, aussi, ce serait pas si pire. On se redécouvrira les seins et les hanches et les creux de dos, juste assez longtemps pour se dire qu’on a peut-être laissé la magie se faufiler entre nos peurs. Je chanterai du Éric. On a les symboliques qu’on a. Et pis on rira. J’espère.

On se promettra un café qu’on ne prendra jamais. On se croisera du regard dans un café. Il y aura une belle rousse. Elle mangera un croissant. Ou une chocolatine. Ou une viennoiserie quelconque, ce n’est pas une information si importante que ça. Elle n’aura pas dormi beaucoup la veille au soir. Pendant un instant, entre la rousse aux pâtisseries, ton sourire pis mes cernes, j’imaginerai le feeling de ta langue sur ma chair de poule. Toi aussi. Et on se promettra un café en se jurant que cette fois-ci c’est pour vrai là, par contre, tu m’écriras.

Pour mieux se tirer dans le pied.

On s’appellera des mardis soirs, ben tard, pour se jurer qu’on est passé à autre chose. Accessoirement, ça nous rassurera que quelqu’un, quelque part nous désire encore. On se regrettera de temps en temps, quand il n’y aura aucune grande rousse pour nous boucher le vide. Entre deux bières à vérifier si les mois qui passent nous ont changé, on se murmurera qu’on se manque. Avec la chaleur qui reprendra du service, on s’essaiera une deuxième fois. Tu grimaceras en me goûtant. C’est pas pour tout le monde, l’amertume.

On le sait qu’on s’écrira des monologues complets. On récitera notre douleur, chacun de notre bord, sur les balcons de nos grands chums en buvant des petites canettes. On jurera que notre tragédie goûte sucré pis qu’on sera à jamais amoureuse, mais jamais en même temps. Nous serons le symbole de quelque chose de grand, mais de crissement niaiseux, le constant rappel qu’on ne sait pas faire des efforts quand ça compte. J’aurai le goût d’écrire un court-métrage sur nous autres. Inquiètes-toi pas, je le ferai jamais. Ou ben, je changerai ton nom comme dans toutes les tounes d’amour. Penses-tu vraiment que Jolene s’appelait Jolene ? De toute manière, il n’y aura rien à raconter d’autre que ce qu’on sait déjà. Qu’on aurait pu être tellement si on s’était rencontré à la bonne saison. Si on s’était tombé dans le piège alors qu’on n’était pas fébrile de la chasse. Si on s’était apprivoisé lentement, ça nous aurait évité de partir en peur.

Qu’est-ce vous voulez ? On n’aura jamais su s’attendre. Ça me rassure, de savoir qu’on sait déjà tout ça. On peut le goûter sur nos langues. Mais pour le moment, les souffles rapides et les corps qui s’entremêlent, avec l’après-midi qui s’étant dans les couvertures et le soleil qui se promène sur mes cuisses,

On est-tu pas ben y’inke un peu?