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Le 9e étage, des Pina Coladas et le grand voyage.

La femme que j’aime tellement fort encore.

Je n’ai jamais été fan des hôpitaux. Il est réaliste de dire que je n’aurais jamais réussi une carrière en médecine. De toute manière, j’étais destinée à de grandes choses que tu disais. Heille. Si tu pouvais me voir aujourd’hui, presque auteure de jour et INCROYABLE barmaid de soir. Ça me brise de savoir que tu ne liras jamais mes poèmes. J’aurais dû commencer plus tôt, mais à 15 ans, on a pas grand chose à dire.

Ces jours-ci, j’ai souvent 15 ans.

J’ai souvent 15 ans pis j’ai changé l’adresse de mon domicile dans mon iPhone. Je passe mon temps libre à penser au 9e étage du pavillon Maisonneuve.

Je pense.

Mes yeux plantés dans les murs beiges de la chambre; ‘y a beaucoup de monde ici qui ne disent rien. Le silence déborde jusqu’au corridor, l’écho des machines se perd dans le vacarme des infirmières qui terminent leur quatrième double de la semaine. Elles sont brûlées. Moi aussi. Toi aussi, j’imagine. Tu ne dois pas avoir le sommeil paisible parce qu’anéwé on ne peut pas ouvrir les fenêtres au 9e et « m’a t’dire une affaire, mon maywest à quatre fesses, on dort mieux les fenêtres ouvertes. »

Tes conseils ont toujours eu cette qualité de se crisser des saisons.

Souvent, les dimanches, je regarde ton souvenir dormir emmitouflée dans le peu de soleil pis j’aimerais me coller contre ton corps pour mieux attendre le temps qui ne passe pas.

Je pense.

Je cale dans le fauteuil de coin de chambre. J’observe le plafond. Je me surprends à compter les tuiles. Je fais ça vite. T’as y’inke à prendre le nombre de tuile sur la longueur, le nombre sur la largeur, tu multiples. 78 tuiles dans ta chambre. Je le savais déjà. J’avais compté les tuiles le matin et hier soir, et tout l’après-midi mercredi. On n’est jamais enthousiaste face aux mathématiques, jusqu’à ce qu’on cherche désespérément à ne penser à rien.

J’avais jamais vraiment réfléchi au après, avant.

Je me répète que la mort doit ressembler à un tout-inclus direction Cayo Coco. Sinon, j’vois vraiment pas pourquoi tout le monde se précipite dedans. C’est pas évident d’imaginer ton corps prendre la forme du néant. Tes seins épouser le vide, ton rire être avalé dans un trou noir. Je me badigeonne le cerveau de tapisseries heureuses. J’ai passé trois étés à photoshoper la Bible au complet pour qu’il ne reste plus que le paradis dedans. Le bout avec des flammes éternelles m’angoissait.

Ne t’en fais pas, je t’ai gardé un peu de chaleur.

Question que tu puisses dormir les fenêtres ouvertes pour le reste du toujours.

Je fixe l’image d’un toi qui ne bouge pas au milieu d’un lit. Un toi parti déjà loin. Un toi qui avait réservé sa chaise longue sur la plage. Je me dis : « ‘ga l’autre qui se pratiquait à se suspendre dans la chaleur, les pieds dans le sable. » J’espère que tu vas penser à te mettre de la crème aux deux heures. J’aimerais mieux que t’attrapes pas de coup de soleil après ta mort, t’as assez souffert de ton vivant.

Des fois, je repense au beau. Au doux. À tes surprises pas chères sur le portefeuille, mais riches dans l’cœur. Reste que, souvent, ta dernière forteresse remplit le disque dur que j’ai dans la tête.

Ça papillonne autour de toi. J’ai mal dans le cou d’avoir dormi sur un fauteuil de coin. On joue notre game. Je ne quittes pas mon poste si tu ne laisses pas aller le tien. Les adultes discutent de préparatifs. Sur un coin de table, j’esquisse une pierre tombale en ballon de plage. On n’approuve pas mon idée, mais je sais que ça t’aurait fait rire. Si c’était quelque chose que tu pouvais encore faire.

Il n’y a pas grand chose à quoi s’occuper dans ta chambre. Tu ne jase pas fort, fort, fait que j’me fais la conversation.

Je me suis promise que Charron fait des Pina Coladas d’enfer. Qu’on boira à ma santé quand je t’y rejoindrai. Il y a des jours où je souhaite m’y rendre plus tôt que tard. Des jours où une croisière aller-simple me semble une excellente option. Les jours où il fait trop noir pour juste sourire, je magasine des forfaits sur « mortàrabais.ca ». Il n’y en a pas d’assez complet pour moi.

Alors, j’attends.

Et puis, de toute manière, je suis à peu près certaine que même mort, on se dit qu’on aurait dû être vivant un peu plus fort. Je ne veux pas te faire des peurs. Je m’en viens, mais pas tout de suite. M’a prendre mon temps. Trouver le parfait maillot pour patauger dans une piscine avec toi. Nous acheter un parasol. Emmagasiner des histoires pour tous les jours de pluie où on se racontera l’existence, assises à l’ombre. T’amener autant de poèmes qu’il y a de journées dans l’infini, c’est-à-dire un shitload pis on ne pond pas un shitload de poèmes en une journée.

Tu t’accroche et je ne sais plus pourquoi. Les murs beiges s’écroulent sur mes épaules. Je voudrais crier pour que le 9e au complet m’entende. C’est correct de vouloir un peu de repos. Si tu refuses de partir, je jure que je prendrai ton corps où l’existence a renoncé à son espace. Je te porterai dans mes bras en dévalant les escaliers deux à deux. Je ne voudrais pas que tu sois en retard pour ton départ. À ce qui paraît, les capitaines de bateau ne sont pas très patients.

Même s’il y aura toujours des fins de semaine plus dures pour moi, j’aurai juste à boire des Pina Coladas en plein hiver, à ta santé. Je penserai au Sud. Profites de tes vacances. Ça se paie cher une place au soleil. Les billets de croisière coûtent une fortune. Ça t’aura pris du temps pour économiser.

Quelque chose comme ta vie au complet.