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Les montagnes russes.

Des hauts, des bas pis on verra pour le reste

Crédits : Susan Sermoneta

On ne s’est pas rencontré dans un parc d’attraction, ni dans une fête foraine d’ailleurs. Ça aurait fait une trop belle histoire, un peu weird à raconter aux collègues vite vite à la pause. C’est pas sur ce frame-là qui ont conçu la vie humaine quand ils se sont réunis sur le top de l’Olympe pour brainstormer un nouveau jeu de société au croisement de Monopoly pis de Destin. Les grands dieux qui étaient pas des dieux à l’époque y’étaient juste, comme, du monde y’avait pas encore de comparatif, nous ont pas donné des films. Juste la vie. Pour vrai, les gars, merci. C’est quand même un pas pire cool cadeau à recevoir. Même qu’on fête ça une fois par année avec des banderoles pis des gazous.

Anéwé.

J’ai toujours eu un talent admirable pour me lapider la douleur du célibat sur les artères principales de ma ville natale. Saint-Denis pis Saint-Laurent m’ont vu m’expulser des larmes de long en large, de bar en bar. Les bancs de neige sur Saint-Catherine ont accueilli mes dépressions de fin de soirée comme des bons chums qui t’offrent un divan quand tu vis encore chez tes parents à Beloeil, mais que tu veux donc sortir aux Foufounes Électriques. Mon célibat est une vieille taverne où les mêmes habitués passent se boire une 50 tablette avant leurs shifts à la shop de métal. Et je leur serre poliment avec un sourire parce qu’y vaut mieux ça qu’un pot à tip vide.

Et je me suis tannée, quelque part entre hier et la semaine dernière. J’ai pour mon dire qu’on tombe en amour comme arrive l’hiver. Lentement, par petites tombées de neige qui fondent au début pis s’accumulent doucement. Sauf des fois. Des fois, l’amour te tombe sur le calendrier avec une claque dans face de vents froids. Tu capotes, t’avais pas encore sorti tes bottes d’hiver avec des doubles en polars. Tu vires tes garde-robes à l’envers, tu fous le bordel dans l’ordre de l’ordinaire. Tu mets ta routine sur le standby pis la STM est bloquée de bord en bord, à croire qu’elle a jamais vu ça de la neige.

Un m’ment donné, prépare toi, changes tes pneus d’avance.

Pis surtout, l’hiver goûte magique quand tu le regardes assis au chaud dans le chalet. C’est moins exotique quand tu dois marcher dans une tempête monstre pour retrouver le confort d’un lit douillet. Plus ça avance, plus les tempêtes sont grosses. Y prennent toute la vie de court. Y ferment les écoles primaires. Ça veux-tu dire qui faut avoir peur de toutes les journées où y fait en bas de zéro? Je sais pas.

Je veux juste y aller au feeling.

Quand ses yeux en point d’interrogation m’ont regardé à la station de métro pour savoir si c’était correct de me dire à la prochaine avec les lèvres et la salive, j’ai répondu oui, monsieur, vous reviendrez, on est pas sorteux. Ça m’a fait peur jusque dans mes tripes de m’installer devant toute la vie extérieure pour dire celui-là c’est mon mien et moi, je suis son sien. Pis gang, on le sait pas si ça va marcher comme sur des roulettes, mais on va se forcer pour faire nos changements d’huile et s’assurer qu’on se transporte le plus loin qu’on peut avant de se quitter à la cours à scrap.

Se recycler en montagne russe.

Recommencer nos folleries de jeunesse qui s’horrifie de peut-être finir ses jours en solitaires. Y aller de plus belle avec nos hauts et nos bas d’être humains ordinaires qui veulent se croire invincible le temps d’une cruise maladroite remplie de trois petits points. Être un presque dieu dont les émotions ne reviennent jamais au gallop, le temps d’une rencontre dans un bar trop plein. Quelque chose de très casual, stress toi pas ça, je ne te rappelerai pas demain et ça te fera une bonne histoire pour ta prochaine soirée tapas. Sauf que cette fois-ci n’est pas la bonne ou alors c’est la bonne, ça dépend des points de vue. On est peut-être enfin tombé en amour, évidemment le même jour que celui où on s’était dit « ça y est, ça va, je suis confortable toute seule. »

Je ne sais pas de quel œil regarder toute ça, je peux juste dire qu’on s’embrasse dans les transports en commun et qu’on se tient la main dans la rue. Des fois, on se texte le matin. Pour rien. Pour se dire la météo. Oui, je le sais qu’il pleut dehors, j’ai une fenêtre, mais tes messages sont plus doux encore que le son de la pluie battante dans les vitres de ma chambre. Je les accueille bras ouverts comme si j’avais jamais connu Météo Média de ma courte existence. Je rigole comme une enfant en sautant dans les flaques d’eau. Les jours gris sont plus beaux avec quelqu’un se coller et les regarder passer dans la bay window.

On ne s’est pas rencontré dans un parc d’attraction, mais avec toi j’ai mal au cœur. Dans le bon sens du terme. J’ai la tête qui tourne et tout goûte plus sucré, barbe à papa style. C’est une gâterie qui fond vite sous la langue, alors tu comprendras que j’ai peur d’embarquer dans ton manège. Les tours finissent souvent plus rapidement qu’on pensait. Pis ça fait fucking longtemps que j’attends. Les employés qui activent les montagnes russes sont étonnés de me voir encore là.

Je souris à plein dents pour dire « c’est correct, les boys, maintenant je suis deux, on peut se partager un véhicule. » Alors on embarque. En étant sûr sûr dans quel état on se retrouvera en finissant. On se tiendra la main bien fort à la première grande descente. Je te crierai dessus et tu fermeras les yeux. On sera étonné ensemble d’avoir survécu à la chute. On est encore vivant. Toi pis moi pis tout ceux qui se surprennent chaque fois qu’ils embarquent à nouveau malgré la peur.

Ce qui fatigue des montagnes russes, c’est de ne jamais respirer entre les descentes.

Mais j’te jure que dans haut, la vue est à couper le souffle.